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Vol.4 no.1: La planète des banquiers (septembre) 2011)

Pour s'enrichir désormais on ne produit des biens que lorsqu'on n'est pas assez astucieux ou pas assez favorisé par le destin pour atteindre le même but sans effort: par la spéculation. [...] Nous avons tort toutefois de montrer du doigt les spéculateurs, banquiers ou non, comme s'ils appartenaient à une lointaine planète du mal. Ils sont en réalité favorisés par un climat auquel nous contribuons tous. Ce climat est caractérisé par le virtuel, mot de la même famille que formalisme, abstraction, désincarnation... posthumanité. [...] C'est la personnalité alexithymique qui caractérise ce début de millénaire, celle qui a peine à faire correspondre à ses émotions des mots et des signes de son corps, celle qui n'est à l'aise que dans les situations où il faut résoudre des problèmes techniques, celle qui, à force de cultiver la performance, d'être une volonté tendue vers un objectif, a perdu le don d'être un désir accueillant un plaisir. Dans un tel contexte, vous êtes assuré de vous distinguer, vous êtes promis à la gloire, si vous êtes un être de chair et d'âme, éprouvant des sentiments authentiques que vous exprimez avec naturel. C'est ce qui explique que Jack Layton, un homme politique canadien, ait eu droit à des funérailles d'État, alors qu'il n'avait jamais exercé le pouvoir et qu'il venait tout juste d'accéder au poste de chef de l'opposition au parlement d'Ottawa.

Vol.4 no. 4:Noël résiste(décembre 2011)

Cette réflexion résulte de la rencontre de deux indignations: devant le fait que le nombre de suicides d'enfants s'accroît et devant l'opinion, quasi unanime, selon laquelle un être humain, jeune ou vieux, peut impunément regarder et entendre n'importe quoi. Mes lectures récentes sur les neurones miroir m'ont incité à transformer ma seconde indignation en une hypothèse pour expliquer l'objet de la première.

Vol.4 no. 3: Amants du monde entier unissez-vous! (novembre 2011)

Unissez-vous contre la Vénus 3D Ottawensis, celle qui donne le ton d'un colloque tenu le 15 novembre 2011 à l'Université d'Ottawa sur un thème, hélas ! sans ambiguïté: Notre futur post-humain. «Rentrez votre indignation cher monsieur! Des Vénus 3D on en voit partout. Des universités qui s'éloignent de l'humain pour se rapprocher du post-humain, cela aussi fait très tendance, très centre d'excellence.» C'est justement la banalité de ces choses qui en fait la gravité. Table ronde à Québec le 26 novembre 2011

Vol.4 no. 3: Amants du monde entier unissez-vous! (novembre 2011)

Unissez-vous contre la Vénus 3D Ottawensis, celle qui donne le ton d'un colloque tenu le 15 novembre 2011 à l'Université d'Ottawa sur un thème, hélas ! sans ambiguïté: Notre futur post-humain. «Rentrez votre indignation cher monsieur! Des Vénus 3D on en voit partout. Des universités qui s'éloignent de l'humain pour se rapprocher du post-humain, cela aussi fait très tendance, très centre d'excellence.» C'est justement la banalité de ces choses qui en fait la gravité. Table ronde à Québec le 26 novembre 2011

Vol.4 no. 2: Une vie pour l'enfant (Octobre 2011)

Cette réflexion résulte de la rencontre de deux indignations: devant le fait que le nombre de suicides d'enfants s'accroît et devant l'opinion, quasi unanime, selon laquelle un être humain, jeune ou vieux, peut impunément regarder et entendre n'importe quoi. Mes lectures récentes sur les neurones miroir m'ont incité à transformer ma seconde indignation en une hypothèse pour expliquer l'objet de la première.

Vol.3 no. 7: Un Québec à prendre, une France prise (juillet 2011)

Au début de Chercher le courant, l'excellent documentaire sur le harnachement de la rivière La Romaine, on nous montre une une image de René Lévesque invitant les Québécois à prendre possession de leurs ressources hydroélectiques et à en assurer le développement. Cet appel fut entendu. Cinquante ans plus tard, les Québécois ont bien des raisons de croire qu'ils sont gouvernés par les firmes d'ingénieurs qui ont pris leur essor avec la construction des grands barrages: Manic, Baie James, etc. Ils paraissent déboussolés, même si on veut toujours les attirer vers le Nord. Ils forment un électorat volatile prêts à donner un mandat majoritaire au Québec à un parti qui n'existe pas, après avoir remplacé à Ottawa d'excellents députés par des inconnus. Dans le même documentaire, Roy Dupuis, un personnage aussi charismatique, visionnaire et responsabile que René Lévesque, invite les Québécois à une aventure qui correspond à la fois à la conjoncture actuelle et aux aspirations des jeunes. Nous joignons notre voix à la sienne pour inviter les Québécois à prendre leur avenir en charge, dans une perspective semblable à celle du documentaire , mais en s'inspirant de la vision,de la méthode et de l'expérience du mouvement Initiatives de Transtion. Notre voix c'est celle Marc Chevrier, Andrée Mathieu, amis et collaborateurs de longue de l'Agora, c'est aussi celle des dirigeants de Réseau Transition Québec, Michel Durand et Serge Mongeau, de même que celle de Jonathan Jubinville, un jeune consultant en design d'affaires. Gallia capta Faisant écho au dernier livre de Jean-Pierre Chevènement, Marc Chevrier nous présente une France captive de l'Europe, au point d'y jouer, en plus grand, le rôle du Québec dans le cadre fédéral canadien. Un poète de l'avenir pourra-t-il dire, comme Horace de la Grèce: Gallia capta ... victorem cepit et intulit artes...La France conquise conquit son vainqueur... par les arts. Jacques Dufresne

Vol.3 no. 6: Mémoire des écologistes(avril 2011)

Jour de la terre, printemps, Pâques, autant de raisons de se demander si les écologistes ont de la mémoire. Une réponse positive donnerait des raisons de croire qu'ils auront assez de cohérence et de détermination pour atteindre leur but. Un colloque sera bientôt consacré en France à un pionnier méconnu: Bernard Charbonneau. On a aussi tendance à oublier ceux qui au Xxe siècle ont joué un rôle de premier plan. C'est le cas de René Dubos dont l'excellence fut reconnue sur chacun des trois plans auxquels nous renvoie le mot écologie au sens large du terme: la science, la vulgarisation dans les médias grand public et la politique. Science: c'est parce qu'il avait adopté la perspective écologique qu'il a pu jouer un rôle déterminant dans la découverte des antibioriques. Médias: Selon Pierre Dansereau, ce qui a ouvert l'ère écologique aux États-Unis vers le milieu de la décennie 1960, ce fut une émission de télévision où René Dubos expliqua «que dans ses efforts pour limiter les méfaits des émanations corrosives, l'industrie automobile dépensait plus d'argent dans la recherche de techniques pour améliorer l'émail des carrosseries que pour protéger les poumons humains». Politique: Dubos il a été avec Barbara Wart l'auteur de Nous n'avons qu'une terre, et co-président avec Barbara Ward encore, de la première grande conférence sur l'environnement tenue à Stockholm en 1970.

Vol.3 no. 3: 2010: de la bombe V à la cuisine française (décembre 2010)

Bombe V: La première bombe virtuelle, sous la forme d'un virus appelé Stuxnet, a frappé une centrale nucléaire iranienne en 2010... année au cours de laquelle le virtuel, l'abstrait, le formel, le mécanique ont fait bon ménage. Mediator: 1000, 2000 morts causées par ce médicament, ce n'est jamais, selon un porte-parole du laboratoire Servier, qu'un faible pourcentage de tous ceux qui y ont eu recours. Nina, cyborg transsexuelle: moyennant 60 chirurgies plastiques, cet homme est devenu une femme modèle tout en conservant 1 attribut masculin sur 3. Elle se présente aussi sous le nom de TheNinaMachina. Obésité: il faudra désormais en chercher la cause dans les échanges de gènes entre les bactéries, dans les perturbateurs endocriniens ou... Le mal de notre époque n'est pas le matérialisme mais le formalisme. C'est pourquoi l'engouement pour la bonne chèere est une chose heureuse. Vive la France dont la cuisine vient d'entrer dans le Patrimoine de l'humanité, vive le Québec qui aura bientôt ses 300 fromages!

Vol.2 no. 8: La mort française de Freud (avril 2010)

Aux États-Unis, on serait quelque peu étonné, si l'on était au courant de l'événement, de l'ampleur que prend le débat sur Freud en France, après la publication du brûlot de Michel Onfray: Le crépuscule d'une idole. Le Time magazine a en effet annoncé solennellement la mort de Freud le 29 novembre 1993 tout en lui faisant l'honneur de sa page couverture. À l'appui de sa thèse, Michel Onfray cite l'ouvrage magistral de Henri F. Ellenberger, À la découverte de l'inconscient. Il se trouve que la principale adversaire du philosophe iconoclaste, Élisabeth Roudinesco, a fait l'éloge de ce livre. Il se trouve aussi que le docteur Ellenberger fut pour moi un maître et un ami, que j'ai publié plusieurs de ses articles de même qu'un de ses livres intitulé Les mouvements de libération mythique. J'ai surtout écrit en 1973 un article en français sur À la découverte de l'inconscient, avant même que le livre ne soit traduit de l'anglais. Il s'intitule : « Du sorcier au psychiatre ». La querelle française m'a incité à le relire.

Vol. 3 no. 4 Démocratie ex machina (janvier 2011)

L'expression Deus ex machina nous vient du théâtre. Le dieu qui intervenait dans une pièce grecque ou française, tel le Commandeur dans le Don Juan de Molière, était introduit sur la scène par une machine. L'enthousiasme avec lequel on a souligné l'importance du rôle des médias sociaux dans les soulèvements récents en Tunisie et en Égypte donne à penser que la démocratie peut s'instaurer par la seule action de machines de communication, lesquelles sont ainsi élevées au rang de causes du bien. C'est une illusion, en ce sens du moins que les outils en question peuvent servir aussi bien la cause de l'oppression que celle de la liberté. Cette illusion est d'autant plus dangereuse qu'elle incite les gens à penser qu'ils peuvent faire l'économie de la vertu dans leur marche vers la justice, (nous ne pensons pas aux Égyptiens ici, mais à nous tous qui nous sommes engagés dans leur combat en tant que spectateurs). D'où la nécessité d'opposer la démocratie ex virtute à la démocratie ex machina, comme le fait en s'inspirant de Kierkegaard, Evgeny Morosov, dans un livre que la réalité rendait nécessaire: The Net Delusion. Jacques Dufresne et Hélène Laberge, fondateurs de l´Agora et l´équipe des collaborateurs de l´Agora

Vol. 3 no. 1: Nouvelle édition de l'Encyclopédie de l'Agora (septembre 2010)

Lancée en 1998, l'Encyclopédie de l'Agora est au début de sa 12e année, événement que nous soulignons en lançant une nouvelle version de l'oeuvre: nouvel élan, nouveau logiciel, nouvel organisme à but non lucratif. Mission précisée, plus que jamais centrée sur le voeu d'un monde durable, et enfin appel à de nombreux collaborateurs. Nous disposons maintenant d'un nouvel espace d'édition qui rendra leur tâche agréable. Nous vous invitons à ouvrir notre page d'accueil et à explorer l'ensemble du site. Cela vous permettra de découvrir que le collaborateur y est roi. En publiant ses documents, il a droit à une page personnelle où ses amis et ses lecteurs les plus fidèles pourront retrouver l'ensemble de ses publications.

Vol. 3 no 5 Révolutions: un capital à exploiter? (mars 2011)

Il serait bien étonnant que la publicité faite par le printemps arabe aux médias sociaux n'ait aucune valeur économique. C'est pourtant l'impression que l'on a quand on suit, dans les médias américains, le débat sur le coût de la guerre de Libye. La colonne revenus ne semblent exister pour personne. Au point que Wolf Blitzer, vedette de CNN, suggère de déduire le coût de ces opérations des avoirs Libyens gelés aux États-Unis. Les questions que nous soulevons ici pourront inciter nos lecteurs à penser que nous étions opposés à l'intervention occidentale en Libye. Ce n'est pas le cas. Nous l'avons plutôt réclamée. En tant que téléspectateurs heureux de ce qui s'était passé auparavant en Tunisie et en Égypte, nous avons incité les jeunes libyens à penser que l'heure de liberté était venue pour eux également. Ils ont cru qu'ils auraient le soutien militaire de nos pays, le Canada, la France, les États-Unis... Ce soutien, nous le leur devions d'autant plus que les premières révolutions avaient été, pour la plupart des pays aujourd'hui engagés, pour les Américains en particulier, l'occasion de faire d'excellentes affaires. Jacques Dufresne

Vol. 2 no. 6: Spécial St Valentin, un nouvel Éros (13 février 2010)

De nos jours, plus que jamais peut-être, on associe Éros au moi et à la sexualité qui en est le faire valoir. Comment expliquer qu'en dépit de tous les échecs accumulés par ce célèbre trio – le moi, l'érotisme et la sexualité – , la St-Valentin soit attendue avec tant d'espoir? Éros n'obéit pas à la volonté, il suit son rythme lent. On ne décide pas du moment où la forêt va s'enflammer. Si Éros a des ailes, c'est pour voler plus haut, non pour aller plus vite. De par sa nature même, il est en conflit avec la technique, c'est-à-dire avec à peu près tout ce qui nous entoure et nous fascine. Il est l'étranger, en même temps que le dernier espoir d'ivresse. Cela nous le sentons si bien, que pour le ramener parmi nous, nous nous efforçons de rétablir la lenteur dans nos vies. Jacques Dufresne et Hélène Laberge, fondateurs de l´Agora et l´équipe des collaborateurs de l´Agora

Vol. 2 no. 5: Haïti, Olympiques, Aidants naturels, Google livres, Décroissance (janvier 2010)

À l'occasion des Jeux olympiques de Vancouver, nous lançons un débat sur le thème sport et appartenance. Nous vous offrons ainsi l'occasion de discuter avec l'ancien maire de Vancouver, ce tétraplégique qui a ému des millions de personnes lors de la cérémonie de clôture des Jeux de Turin. Tous se souviennent de la façon dont il a fait valser le drapeau olympique en manoeuvrant habilement son fauteuil roulant. Après son accident, et des années de passivité dépressive, la pratique d'un sport a marqué la première étape de sa réintégration dans la société. Tout en se réjouissant du fait que le sport actuel puisse avoir des effets si heureux, Jacques Dufresne, adopte une position plus critique à l'égard du sport moderne, trop intégré à une vision du monde dont nous savons désormais qu'elle n'est pas durable. Nous avons été les premiers à l'Agora à présenter,il y a quelques années déjà, un dossier complet sur le sport durable, sous la forme d'un numéro de notre magazine sur papier, dont La lettre de l'Agora est le prolongement. Nous sommes heureux de vous l'offrir, avec l'espoir qu'il vous incitera à participer à notre débat sur le sport. Jacques Dufresne et Hélène Laberge, fondateurs de l´Agora et l´équipe des collaborateurs de l´Agora

Vol. 2 no. 4: Écologie et incarnation (décembre 2009)

Copenhague, décembre 2009. Guidé par l'Europe, ce qui n'est pas un hasard, l'humanité a voulu se dresser contre la fatalité d'un développement conduisant au réchauffement climatique. Elle a échoué. Suivant la logique technicienne, on demandera plutôt à la géo ingénierie de trouver des remèdes techniques à un mal qu'on n'aura pas voulu prévenir. Au lieu de réduire les émissions de CO2, on donnera des transfusions de soufre à la stratosphère, dans le but de rafraîchir le climat selon la méthode des volcans. La fatalité technicienne et la démesure qui l'accompagne sont la face visible d’un autre phénomène qui a toutes les apparences de la fatalité, la désincarnation. Nous soutenons ici, l'instar de Jacques Ellul, que la révolte contre cette fatalité doit prendre la forme de l'incarnation, et nous ajoutons : au sens païen comme au sens chrétien du terme. Jacques Dufresne et Hélène Laberge, fondateurs de l´Agora et l´équipe des collaborateurs de l´Agora

Vol. 2 no. 3: Un Copenhague social (novembre 2009)

Cette lettre est pour nous l'occasion de vous présenter notre dernier site Internet: Appartenance Pourquoi la réduction des gaz à effet de serre nous est-elle toujours présentée exclusivement comme une opération coûteuse pouvant conduire à une catastrophe économique accompagnée de troubles sociaux? Alors qu'on pourrait très bien présenter la même opération comme un moyen de renforcer le sentiment d'appartenance. Covoiturage: moins de pétrole, plus d'essence...humaine! Les 100 esclaves mécaniques que l'énergie bon marché met à notre disposition nous donnent un sentiment de puissance qui finit par jouer contre nous. L'isolement est devenu un fléau. Le paysan lui-même est enfermé dans la carlingue de son tracteur, coupé, tout se tient, de ses semblables, mais aussi de l'air, de la terre, de l'eau, du ciel et même du paysage, qu'il ne voit qu'à moitié. L'appartenance, ce lien vivant, ce plaisir des sens qui donne sens à la vie, est ainsi rompue. Une agriculture moins énergivore et faisant un usage plus subtil de la science pourrait rétablir ce lien. Ce n'est là qu'un exemple parmi d'autres qui illustre ce que nous pourrions gagner en perdant de l'énergie. La première mission du nouveau site est de promouvoir l'appartenance pour elle-même, parce qu'elle correspond à un besoin fondamental de l'être humain. Nous sommes cependant si heureux de constater que la modération dans l'usage des esclaves mécaniques protège la biosphère tout en enrichissant la société, que nous en venons à confondre la mission sociale et la mission environnementale. Nos partenaires, L'Arche Canada et PLAN, sont deux organismes dont la mission est d'indiquer à la société comment elle peut s'enrichir de la contribution des plus faibles, des plus vulnérables, ceux qui ont le moins d'esclaves mécaniques à leur disposition, mais disposent d'une sensibilité qui fait défaut à tant d'autres.

Vol. 2 no. 2: Deux virus: H1N1 ET CORRUPTION 2009 (octobre 2009)

Deux virus sont à l'oeuvre en ce moment dans le monde et plus particulièrement au Québec. Nous connaissons tous le premier par son nom: H1N1. Le second, corruption 2009, est d'ordre moral, mais nous avons tout intérêt à l'assimiler au premier et à l'affronter avec les méthodes de la santé publique. La moralité publique accuse en effet un retard marqué par rapport à son homologue. Preuve que le fait de vivre est plus précieux pour nous que le fait de bien vivre. Dans toutes les situations où il y a des gains d'argent faciles en vue, il nous faudrait tenir pour acquis qu’une pandémie morale est imminente, qu'elle n'est pas seulement possible ou probable mais certaine et qu'il nous faut pour la combattre maintenir une troupe d'élite en état d'alerte. La moralité publique doit imiter la santé publique, mais l'inverse est peut-être aussi souhaitable. Dans le cas de la corruption, on attend longtemps les preuves avant de décréter l'état d'urgence et les prisons se remplissent moins vite que les hôpitaux. Un zest de cette modération en santé publique ne serait-il pas une bonne chose? Quand les troupes sont déjà en alerte et que la panique s'est emparée de la population, ne conviendrait-il pas de créer une cellule de vérité où l'on s'en tiendrait aux faits ? Au lieu de nous faire voir à la télévision les parents d'un adolescent mort des suites de la H1N1, on nous dirait quel est en cette saison le taux normal de mortalité des suites d'une grippe quelconque.

Vol. 2 no. 1: L'éthique: un système complexe (septembre 2009)

L'éthique n'indique que le but, elle ne fournit pas l'énergie nécessaire pour l'atteindre. Pour cela elle doit s'appuyer, par-delà l'éthique, sur des exemples et des témoignages comme ceux de Etty Hillesum, cette Juive hollandaise morte à 29 ans à Auschwitz, après avoir donné la preuve d'une altitude morale qui la rapproche d'une autre jeune Juive morte la même année: Simone Weil. Dans le camp de Westerbrock, au service des familles qui attendaient le train pour Auschwitz, Etty a été d'une parfaite sollicitude, mais ce n'est pas l'éthique seule qui l'a élevée à ce sommet, c'est aussi, entre autres sources d'inspiration, la beauté du monde. « Il y a aussi la réalité de ce petit cyclamen rose. Et de cet immense horizon que l’on peut toujours découvrir derrière les rumeurs et la confusion de ce temps.[...] Quand nous sommes seuls en pleine nature et disposés à l'attention, quelque chose nous porte à aimer ce qui nous entoure...Et la beauté nous touche d'autant plus vivement que la nécessité apparaît d'une manière plus manifeste, par exemple... dans les plis que la pesanteur imprime aux montagnes ou aux flots de la mer, dans le cours des astres. » (...)

Vol. 2 no. 10: À la défense du touriste (juin 2010)

Jadis on était sacré intellectuel quand on critiquait le bourgeois et le touriste. Le bourgeois est épargné désormais, mais le touriste est toujours au banc des accusés. On le méprise à droite parce qu'il est égalitariste, à gauche parce qu'il est consommateur. Pourtant, le mal dont il souffre, le'' scannage'', (le regard réduit au'' scannage'',) il l'a en commun avec ceux qui fréquentent pendant de longues heures chaque jour les autoroutes et les écrans de téléviseur ou d'ordinateur, avec tous donc. Nous faisons ici l'hypothèse que le touriste cherche en voyageant à échapper à ce triste sort visuel et qu'il fait ainsi figure d'avant-gardiste. Jacques Dufresne et Hélène Laberge, fondateurs de l´Agora et l´équipe des collaborateurs de l´Agora

Vol. 1 no. 6: Le jeûne médiatique (juillet 2009)

Quelques heures après la publication de la cinquième édition de la Lettre de L'Agora, notre serveur a cessé de répondre à vos clics. C'était de sa part un bien mauvais moment pour entrer en grève sans préavis. Il est resté hors d'usage du 26 juin au 1er juillet. Il fonctionne normalement en ce moment. Ce silence de notre serveur aura au moins eu l'avantage de nous inciter à réfléchir sur le jeûne médiatique, une pratique recommandée dans un livre de Jacques Dufresne, paru en 1999 sous le titre Après l'homme, le cyborg? L'idée nous est venue d'interroger Google pour connaître le destin de cette idée. Il nous a paru suffisamment intéressant pour justifier un nouvel article, lequel s'ajoutera au contenu de la cinquième lettre, que vous avez déjà reçue une première fois.. Voir l'article complet.

Vol. 1 no. 5: Voir un clown et mourir (juin 2009)

L'été est une saison parfois difficile pour les personnes âgées vivant seules.Vieillir dans la solitude et la canicule sans être oublié de tous! Voici l'un de ces débats qu'il faut sans cesse relancer tant la cause des aînés en perte d'autonomie semble perdue d'avance, tant l'indifférence à leur endroit apparaît comme la pente la plus naturelle. Un instant d'inattention de la part des autorités publiques et des journalistes et les négligences recommencent. Elles ne sont pas toujours graves, mais elles sont toujours des formes de déshumanisation. En annonçant que des clowns, des clowns professionnels, a-t-elle précisé, allaient se produire auprès d'eux, la ministre québécoise responsable des aînés, Mme Marguerite Blais, vient de réussir à susciter un regain d'intérêt et, il faut l'espérer, de sollicitude à l'égard des plus fragiles parmi les aînés. Si sa brigade du rire ne parvient pas à dérider les plus tristes, elle aura au moins réussi à délier la langue des plus sages.

Vol. 1 no. 4: Filet étatique, filet social (mars 2009)

Le filet qu'on appelle social est en réalité un filet étatique. Il faut le conserver et tenter de l'améliorer. Nécessaire, il l'est plus que jamais et il le sera de plus en plus en raison des défis associés aux limites des ressources et aux pollutions, en raison également des hauts et des bas de la mondialisation. Mais il ne suffira pas. Il faut tenter de faire revivre l'authentique filet social, lequel est aussi un tremplin. Ce filet social se déploie merveilleusement en cas de grande catastrophe naturelle, preuve que la fibre sociale naturelle est bien vivante, qu'on peut redevenir peuple quand être masse est l'état normal. Mais face au malheur d'origine humaine, on redevient masse et si on se mobilise c'est, sauf exception, pour demander le secours de l'État plutôt que pour passer soi-même à l'action dans les sphères où l'on peut agir efficacement. Le peuple agit, la masse subit, le peuple est flèche, la masse est cible. Nous n'avons plus qu'une vague idée de la solidarité dont les peuples pouvaient faire preuve, non seulement pour survivre aux crises, mais pour en sortir grandis. Il nous faut repenser la solidarité.

Vol. 1 no. 3: Le salaire des banquiers et le salut de la planète (février 2009)

La mesure du succès c'est de gagner sans mesure. Telle était, telle est toujours la règle aux États-Unis et dans les pays capitalistes de même esprit. En limitant à 500 000 $ le salaire des dirigeants des banques soutenues par l'État, le président Obama n'a pas modifié cette règle, il a seulement précisé que seul le succès peut être récompensé sans mesure et que, en cas d'échec, il faut revenir à la mesure. C'est là une décision sage, certes, mais à demi seulement car elle légitime à l'avance les excès futurs, en donnant à entendre que ce n'est pas la démesure en elle-même qui est mauvaise, mais la récompense de l'échec résultant de la démesure. Or, c'est la démesure en elle-même qui est mauvaise. Contemplons le Parthénon et relisons les pages de Platon sur l'harmonie, la mesure, la proportion. Observons ensuite les édifices où travaillent les banquiers new-yorkais, comptons les décibels de la musique qu'on entend dans leurs bars, pesons les déchets que leur ville déverse dans le paysage chaque jour. Toutes les démesures se tiennent et s'inspirent les unes des autres. Toutes les formes de mesure et de proportion se tiennent aussi. D'où le lien entre la limite des salaires des banquiers et le salut de la planète. «Il faut éteindre l'ubris de préférence à l'incendie.» Héraclite. Le texte au complet.

Vol. 1 no. 2: Mauvaise fortune, bon coeur, (janvier 2009)

Faire contre mauvaise fortune bon cœur! J'ai compris la beauté de cette maxime en écoutant le témoignage amer d'une femme âgée qui avait déposé toute sa fortune dans le tonneau sans fond du spéculateur Bernard Madoff. Le sentiment d'avoir été trahi par un ami, s'ajoutant à la perte du fruit de son travail, avait épuisé sa réserve de bon cœur. J'ai compris à son amertume que la perte de cette réserve était un malheur plus grand que celle de ses économies. Le bon cœur suppose la force d'âme, à laquelle il ajoute un élan de joie de vivre et de générosité, de même qu’un jugement de valeur libérateur sur les conditions du bonheur. Nous avons tout perdu sauf notre amour. Recréons le monde autour de cet amour!

Vol. 1 no. 1: Le devoir de cohérence (décembre 2008)

Vous avez pu lire dans le Vol 0 No 0 de cette lettre un article sur la crise financière — vous pouvez le faire en consultant nos archives —, où nous remontons jusqu´à la cause la plus profonde de cette implosion: la subordination de toutes les valeurs à la loi du profit., alors que l´économie, surtout lorsquelle se dit libérale, ne peut être viable que si elle est subordonnée à certaines valeurs fondamentales: solidarité, coopération, équité, loyauté, sens de la proportion. Le respect de ces mêmes valeurs nous sera nécessaire pour relever le défi des autres crises qui se poursuivent en ce moment et qui sont indissociables de la crise financière: crise alimentaire mondiale, réchauffement climatique, pic petrolier. À des crises inter reliées, des remèdes inter reliés! Non seulement on ne pourra pas résoudre ces crises séparément, mais encore faudra-t-il attacher la plus grande importance à la vie sociale et culturelle des pays en cause d´où notre intérêt pour la culture de transition, telle que la conçoivent les initiateurs britanniques du mouvement Villes de transition. Transition vers l´après-pétrole certes, mais aussi appropriation ou réappropriation d´une vision du monde cohérente qui permettra de vivre les chocs inévitables avec enthousiasme plutôt que dans l´amertume du rêve prométhéen avorté.

Vol. 0 no. 0: Invitation (novembre 2008)

Merci de la patience avec laquelle vous avez attendu un signe de vie de notre part. Signe de vie est l'expression qui convient. La cessation de la publication du magazine L'Agora résulte d'un choix, difficile certes, mais non d'une démission. Le site internet de l'Agora a continué de se développer, en raison surtout de l'heureuse formule des encyclopédies spécialisées. Il prend maintenant la forme d'un réseau de sites où l'on trouve, à côté de L'Encyclopédie de L'Agora, huit encyclopédies spécialisées et autant d'actes de colloques. Voilà pourquoi nous sommes désormais en mesure de vous offrir, à la place du magazine, une lettre mensuelle où vous seront présentés les ajouts les plus récents et les plus intéressants à nos diverses encyclopédies et à celles de nos partenaires. Cette lettre contiendra en outre des nouvelles de L'Agora. Dix numéros de cette lettre équivaudront pour vous à plusieurs numéros du magazine. Nous vous invitons à lire la première lettre plus bas dans cette page et à nous dire si vous souhaitez continuer à la recevoir. Pour vous inscrire, il vous suffit de vous rendre sur www.lalettredelagora.org