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La Lettre de L'Agora, 18 septembre 2019

Vol 12 No.1 Actualités, Crises des journaux, Algorithmes,
Arts contemporains, Histoire 

À la douzième année de cette lettre, 26 ans après le premier numéro du magazine l'Agora sur papier, la transition vers une relève est bien engagée. En nous restant fidèles, nos donateurs augmenteront nos chances de la réussir. Une première étape a été franchie : la publication d’un livre où Jacques Dufresne déroule le fil conducteur de l’Encyclopédie de l’Agora. Ce livre,La raison et la vie, cinquante ans d’action intellectuelle, paraîtra en octobre aux éditions Liber de Montréal et sera distribué en Europe à compter de février 2020. On trouvera bientôt une présentation du livre sur le site de l’éditeur. Il se trouve que notre ami et collaborateur de longue date, Marc Chevrier, publie aussi un livre qui paraîtra en novembre aux Presses de l’Université Laval cette fois : L’empire en marche. Des peuples sans qualités, de Vienne à Ottawa.

Élections fédérales, crise des journaux et grands projets de loi au Québec. Voici pourquoi les algorithmes se sont imposés comme thème principal de cette lettre : bien qu’elles gouvernent de plus en plus nos grandes entreprises et nos gouvernements eux-mêmes, ces règles anonymes, objectives, comme on dit, sont absentes du débat public. N’essayez pas de discuter avec un employé d’une compagnie d’assurance qui vous annonce une hausse de vos primes. Il vous répondra qu’il n’y peut rien, que c’est un Système transcendant par rapport à lui qui en décidé ainsi. C’est la forme que prend en ce moment, dans tous les domaines, la providence humaine. Notre dossier sur les algorithmes vous en convaincra.

Quant à nos pages sur la crise des journaux, tout en faisant le lien avec les algorithmes, elles mettent en relief la nécessité du journalisme d’enquête et du journalisme d’approfondissement comme compléments aux opinions et aux faits divers. Exemples d’approfondissement dans cette lettre : les articles de Marc Chevrier sur la péréquation et les commissions scolaires, ceux de Georges-Rémy Fortin sur les algorithmes, le néo-thomisme, la querelle des animaux, celui de Yan Barcelo sur les arts contemporains.

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La crise des journaux

Les journaux et Internet, une nécessaire convergence
par Jacques Dufresne

Les médias traditionnels considèrent les auteurs en ligne comme des rivaux. Ne serait-ce pas l’une des causes de leur déclin? Une amicale convergence ne serait-elle pas salutaire pour les deux camps ?

La concentration de la presse hier et aujourd'hui
par Mario Pelletier

Voici un témoignage important. Ex-journaliste au devoir, ex-membre de la Commission Kent sur les quotidiens, Mario Pelletier a aussi, en tant que chercheur indépendant, excellé dans le journalisme d’enquête.

Les géants du Web : des prédateurs déguisés en bienfaiteurs ?
par Jacques Dufresne

Les géants du Web ne seraient-ils pas d’autant plus redoutables en tant que prédateurs qu’ils se présentent avec succès comme des bienfaiteurs, qu’ils n’ont pas besoin de brandir le fouet tant ils distribuent de morceaux de sucre?

Autres actualités

Les commissions scolaires et la persistante dualité du système municipal québécois
par Marc Chevrier

Marc Chevrier replace dans son contexte historique le débat sur les commissions scolaires. Il réfléchit sur le fait que les commissions scolaires et le système municipal québécois ont été définis conjointement, parallèlement, par le pouvoir britannique autoritaire qui gouvernait le Bas-Canada dans la première moitié du XIXe siècle. Un certain nombre de problèmes qui affectent les commissions scolaires affectent donc aussi la politique municipale québécoise. Bien plus que des questions budgétaires ou utilitaires, c’est la vitalité de la politique locale, de la démocratie à hauteur d’homme qui est ici en jeu.

Le néo-thomisme québécois: une pensée du politique et du Bien commun
par Georges-Rémy Fortin

Élections fédérales 2019. Les commentaires entendus à la radio et à la télévision  portent surtout, sinon exclusivement, sur les stratégies de communication des divers partis, la stratégie de Donald Trump servant souvent de point de comparaison. Ce n’est donc pas la réflexion sur le bien commun qui domine dans les débats, mais l’analyse des opérations de manipulation de l’opinion, en vue d’en mesurer l’efficacité. Cette obsession pour la mise en marché du politique est un effet secondaire de la pensée libérale du type que Rawls a popularisé… Remise à jour, la tradition philosophique québécoise pourrait nous protéger contre cette dérive formaliste.

La petite querelle de la péréquation: l’économie politique d’une confortable dépendance
par Marc Chevrier

Perçus par les uns comme d’odieux privilèges et par les autres, comme une concession du plus fort à l’égard du plus faible, ces montants, qui fluctuent d’une année à l’autre, paraissent obéir à une logique capricieuse. En somme, la péréquation transforme les États provinciaux bénéficiaires en clients chroniques d’un grand patron qui saupoudre ses largesses sous le regard indigné de mieux nantis qui s’imaginent financer celles-ci à leur détriment.»

Noblesse de l'agriculture et dignité humaine
par Georges-Rémy Fortin

Dans les débats de plus en plus vifs dont font l’objet l’environnement et le bien-être des animaux, les agriculteurs font de plus en plus les frais de débordements intolérables. Si la grande majorité des environnementalistes et des défenseurs des droits des animaux sont pacifiques, une petite minorité d’activistes extrémistes dépasse toutes les bornes du respect et du bon sens. Il faut se demander si les dérives verbales de certains militants ne tirent pas leur origine des dérives intellectuelles de certains universitaires.

Jean Marcel: sur les ailes de la langue
par Jacques Dufresne

Mort de l'écrivain Jean Marcel à Bangkok, le 30 juin 2019.Pour comprendre un tel être, il faut le regarder de très loin et de très haut, comme il a lui-même considéré tout ce qui a retenu son attention. On découvre alors que la langue est non seulement la clé de voute de sa vie et de son œuvre, mais aussi la clé de son interprétation des diverses civilisations et des diverses époques sur lesquelles il s’est penché.

Article sur Jean Marcel dans un journal français de Bangkok

Semeur ou propagateur de la langue française en pays de Siam, mais aussi diffuseur de la culture siamoise auprès des francophones à travers légendes et contes traditionnels dans les Histoires des pays d’or 1 et 2, il fit de la culture et du verbe ses «véhicules» vers la vérité et l’humanité. Espiègle et joyeux lucide, profondément terrien comme l’attestait son goût démesuré pour les gâteaux, tout en étant d’une grande sagesse, son cheminement spirituel le mena à la conclusion aristotélicienne du doute agrémentée de l’Existant ou de la Présence : «la seule vérité qui importe est celle de la présence de chacun dans un univers qu’il n’est pas près de comprendre, balloté entre énigmes et mystères». (Fractions 6).

Greta Thunberg, un engagement enraciné
par Jacques Dufresne

Cette descendante d’Arrhenius, le premier savant à prendre la mesure des effets du C02 sur le climat, sera à Montréal le 27 septembre prochain. Les critiques dont elle est l’objet, en raison notamment de ses affinités avec certains princes de ce monde, renforcent son message en ce sens qu’elles sont, par la voie négative, une invitation à une cohérence qu’elle est la première à souhaiter.


Algorithmes

Penser les algorithmes dans un cadre complexe avec G.F.R. Ellis
par Georges-Rémy Fortin

« Bientôt, l’intelligence artificielle nous fera passer pour des singes », déclarait récemment le milliardaire gourou des nouvelles technologies Elon Musk à Shangaï, lors d’une conférence donnée en compagnie de Jack Ma, fondateur d’Alibaba. Pour bien comprendre les algorithmes, il convient toutefois d’éviter de céder à ce genre de scénarios de science-fiction, et de faire preuve d’un solide réalisme critique. En ce sens, la pensée de la complexité de George Francis Rayner Ellis nous invite à remettre la notion d’algorithme dans son contexte. Ellis place l’être humain dans une hiérarchie des niveaux de réalité, hiérarchie qui montre que l’humain est le maître des algorithmes, non l'inverse. 

Algorithmes et sociétés: quelques ouvrages récents
par Stéphane Stapinsky

Les algorithmes sont avant tout des solutions, mais ces solutions ne sont pas neutres. S'ils sont à l'origine de transformations radicales des notions de travail, de propriété, de gouvernement, de responsabilité, de vie privée et même d'humanité, c'est donc à nous de décider de quel côté faire pencher la balance. Pour cela, il faut cesser de les subir en cherchant à les comprendre. C'est ainsi que nous pourrons être maîtres de notre destinée.

Les algorithmes, une bombe a? retardement
par Cathy O’Neil

Un extrait de l'ouvrage de Cahty O'Neil sur les «Weapons of Math Destruction». Une suggestion de traduction pour cette expression imagée: «armes de destruction mathémassive».

L'ère des algorithmes
Poèmes de Mario Pelletier

Ils avancent deux par deux
milliards de milliards de petits soldats
marchant en cadence
zéro-un zéro-un zéro-un
mais c’est à la vitesse de la lumière
qu’ils défilent

Les enfants et les algorithmes
par Jacques Dufresne

Plutôt que d’inculquer le mensonge de l’intelligence artificielle aux enfants en les surexposant aux sortilèges des algorithmes, il faudrait leur permettre de découvrir l’aspect véritablement merveilleux de leurs machines en même temps que leur aspect stupide. La merveille c’est par exemple, le fait que le système binaire, présenté par Leibniz comme une imago creationis, combiné avec la logique de Boole et les circuits électriques, a permis de faire des opérations de tri et de calcul à une vitesse proche de celle de la lumière.Pour mettre en relief l’aspect stupide, je n’hésiterais pas à inscrire la machine théorique du Turing au programme des écoles.


Les arts contemporains 

Les arts contemporains démystifiés
par Yan Barcelo

Dans cet essai nous nous proposons, d’une part d’explorer les malentendus et les mensonges dans lesquels la musique et l’art se sont enfermés au cours du dernier siècle; d’autre part, d’identifier certaines voies susceptibles de refonder et de réorienter la musique et l’art.


Histoire

Lac Champlain : des lieux et des hommes
par Pierre Biron

Un rappel de la présence française sur ce lac avant 1763.Tant par sa toponymie que par les noms de certains pionniers ordinaires ou célèbres, cette présence a laissé dans la vallée du lac Champlain des traces que l’on découvre en navigant sur le lac et son effluent le Richelieu.


Les encyclopédies spécialisées et l'actualité

Le dictionnaire du cinéma anglo-saxon
par Jean-Philippe Costes

L’article de Jean-Philippe Costes sur Stanley Kubrick, le réalisateur de Orange mécanique, revêt un intérêt particulier dans le contexte des algorithmes. « Non seulement la bien nommée « Machine infernale » est en mesure de déclencher des représailles massives à la moindre agression extérieure mais en plus, elle est infaillible et totalement automatique.»

L’alter dictionnaire médico-pharmaceutique
par Pierre Biron

Dans l’Alter dictionnaire médico pharmaceutique, le journalisme d’enquête sur l’industrie pharmaceutique atteint le niveau scientifique le plus élevé et le plus rigoureux. Voici une mine que les journalistes des médias grand public pourraient exploiter dans l’intérêt de leurs lecteurs et de leur propre entreprise. À la condition de faire l’effort intellectuel requis pour comprendre les sujets traités et les vulgariser adéquatement.

L’Encyclopédie sur la mort
par Eric Volant

Le débat sur l’aide médicale à mourir n’est pas terminé au Québec. Qui peut prétendre être allé au fond de cette question? Voici un autre bel exemple de journalisme d’approfondissement: Hans Jonas (1903-1993), auteur de Principe de responsabilité, publia Le droit de mourir en anglais, dès 1978. Il parut en français seulement en 1996 . Ce petit livre est un bijou d'argumentation éthique dont tout intervenant peut s'inspirer dans ses prises de décision.


Anniversaire

14 septembre 2019 - 250e anniversaire de la naissance d’Alexander von Humboldt
par Stéphane Stapinsky

L'Allemagne et l’Amérique du Sud célèbrent ces jours-ci les 250 ans de la naissance d'Alexandre von Humboldt, un des plus grands savants du XIXe siècle, grand voyageur et véritable touche-à-tout: minéralogiste, botaniste, météorologue, géographe, démographe et historien. Avec son frère Wilhelm qui a jeté les bases du développement des sciences humaines modernes, il transfusa l’esprit des Lumières dans le XIXe siècle romantique. Presque oublié au XXe siècle, il suscite depuis peu un renouveau d’intérêt. On le voit maintenant comme un précurseur de l'écologie actuelle en raison de sa vision intégrale d'une nature dans laquelle tout est interrelié et de sa prise de conscience avant-gardiste de l’impact négatif sur le climat de l’activité humaine.

À lire également dans l'Encyclopédie:

Alexander von Humboldt, Les problèmes de l'Amérique latine
François-René de Chateaubriand, Sur un Voyage de M. de Humboldt


Suggestions de lecture

Le vin de Bourgogne et le climat

Grâce à des relevés qui remontent à 664 ans, une équipe de chercheurs a pu établir un lien entre les changements climatiques en utilisant le vin de Bourgogne comme marqueur.
France Info
Climate Network
(Suggestion de Robert Mailhot)

Culture numérique pour milliardaires dégénérés: les ramifications de l'affaire Epstein (Monde Diplomatique)

« La notion de tierce-culture, on disait aussi troisième culture, remonte à 1963, plus précisément à un livre de C.P.Snow, un phycisien devenu écrivain, qui déplorait, avec raison, l’existence d’un mur de fer entre les deux solitudes culturelles : les scientifiques, généralement technophiles et les littéraires, souvent technophobes; d’où le rêve d’une troisième culture, vraiment intégrale, résultant d’une synthèse des deux premières. On retrouve cette idée dans le Rapport Parent. Elle n’est pas étrangère à l’esprit dans lequel les cégeps ont été institués.
En 1995, John Brockman publiait chez Simon and Shuster, un ouvrage intitulé The Third Culture: Beyond the Scientific Revolution. Dans cet ouvrage, il donne la liste des savants anglo-saxons que l'on pouvait considérer comme des représentants de la troisième culture: parmi les physiciens, Murray Gell-Mann, Alan Guth...; parmi les théoriciens de l'évolution, Richard Dawkins, Niles Eldredge, Stephen Jay Gould; parmi les philosophes, Daniel C. Dennett; parmi les biologistes, Brian Goodwin, Stuart Kauffman, Lynn Margulis, Francisco J. Varela...; parmi les computer scientists, W. Daniel Hillis, Marvin Minsky, Steven Pinker. Des savants, appelés digerati, devenus des littéraires, et pour cette raison aptes à donner le ton dans le débat public. Evgeny Morosov, auteur de The Net Delusion (2011) a d’abord été séduit, comme tant d’autres, par ce nouvel ordre intellectuel. Dans cet article paru le 13 septembre 2019 dans Le monde diplomatique, il demande à cette élite mondiale de rendre des comptes.
À lire sur le blogue Monde Diplomatique

À lire également sur la troisième culture

Nous avions nous-mêmes, aux premières heures de notre Encyclopédie, publié un article sur les penseurs de la troisième culture. J’ai conservé toute mon admiration pour plusieurs d’entre eux, Brian Goodwin notamment, mais à l’époque, j’étais déjà sceptique sur l’ensemble. «Je ne connais pas chacun de ces demi-dieux, mais sur plusieurs d'entre eux j'en sais assez pour déclarer que si telle est la troisième culture de l'avenir, je me range avec enthousiasme dans la troisième culture du passé: celle de Boole, de Tolstoï, de Goethe, de Pascal. »

Vieillir, comme Darwin ou Bach? (The Atlantic)

Alors que Darwin, en plus d'être miné par les maladies rapportées de ses longues expéditions, s'est evertué en vain les dernières années de sa vie à trouver l'argument scientifique qui permettrait d'étayer son oeuvre, Bach, lui, aurait connu une vieillesse plus sereine après avoir délaissé la fonction exigente de compositeur au profit de l'enseignement. La comparaison sert d'introduction à un article paru plus tôt cet été dans The Atlantic, sur la manière dont notre intelligence et nos capacités évoluent au cours de notre existence. Entre 25 et 40 ans, nous serions au zénith de la performance et de la créativité, période dominée parce que l'auteur nomme l'intelligence "fluide", qui nous permet d'acquérir rapidement de nouvelles connaissances et de nous adapter à un environnement changeant. Passé 50 ans, notre intelligence se "cristallise": c'est l'âge des grandes sommes, des grands ouvrages qui synthétisent l'ensemble du savoir accumulé; c'est l'âge également où nous sommes le plus apte à transmettre le bagage accumulé, l'âge où excellent historiens et professeurs.
Ce serait l'âge également de l'ouverture à la spiritualité. Que la thèse développée par Arthur C. Brooks ne vous convainc pas entièrement, l'article vous amènera quand même à réfléchir sur les mérites propres à chaque âge de la vie et, peut-être, envisager la vieillesse avec plus de sérénité.
À lire dans The Atlantic
(Suggestion de Bernard Lebleu)

Vidéos et photos

Symphonie blanche en Antarctique


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