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La Lettre de l'Agora Vol 3 No 6, avril  2011

Mémoire des écologistes

Jour de la terre, printemps, Pâques, autant de raisons de se demander si les écologistes ont de la mémoire. Une réponse positive donnerait des raisons de croire qu'ils auront assez de cohérence et de détermination pour atteindre leur but. Un colloque sera bientôt consacré en France à un pionnier méconnu: Bernard Charbonneau.
On a aussi tendance à oublier ceux qui, au XXe siècle, ont joué un rôle de premier plan. C'est le cas de René Dubos dont l'excellence fut reconnue sur chacun des trois plans auxquels nous renvoie le mot écologie au sens large du terme: la science, la vulgarisation dans les médias grand public et la politique. Science: c'est parce qu'il avait adopté la perspective écologique qu'il a pu jouer un rôle déterminant dans la découverte des antibiotiques. Médias: Selon Pierre Dansereau, ce qui a ouvert l'ère écologique aux États-Unis vers le milieu de la décennie 1960, ce fut une émission de télévision où René Dubos expliqua «que dans ses efforts pour limiter les méfaits des émanations corrosives, l'industrie automobile dépensait plus d'argent dans la recherche de techniques pour améliorer l'émail des carrosseries que pour protéger les poumons humains». Politique: Dubos a été avec Barbara Ward l'auteur de Nous n'avons qu'une terre et co-président avec Barbara Ward encore, de la première grande conférence sur l'environnement tenue à Stockholm en 1970.

 


Qui a découvert les antibiotiques?

par Jean-Paul Escande, Encyclopédie de l'Agora

René Dubos n'a jamais repoussé la gloire et Dieu sait s'il a connu des épisodes glorieux au cours de son existence. Mais s'il est très largement oublié aujourd’hui, c'est qu'il n'a jamais songé à entretenir sa gloire. Il n'était d'aucun clan. Il mettait un point d'honneur à faire cesser très rapidement les manifestations d'enthousiasme qui succédaient à ses nombreux exploits. Ça le «gênait pour travailler» (sic).Tout cela, pourtant, ne fait pas une raison pour oublier ni les exploits en question ni, surtout, la manière dont il les a accomplis. Parmi ses exploits les plus grands, le plus digne d'intérêt est sans doute la découverte des antibiotiques.

Humaniser l'écologie

par Murray Bookchin, Encyclopédie de l'Agora

 De tous les pionniers de l'écologie, Murray Bookchin est peut-être celui qui a le plus d'affinités avec Bernard Charbonneau. «Je n'ai aucune envie de conserver l'énergie physique aux dépens de l'énergie spirituelle. Si, pour conserver l'énergie, je dois toujours porter les mêmes habits, décorés ou non, toujours manger la même nourriture, vivre de la même façon que tout le monde - et il faut bien comprendre que l'obsession contemporaine de l'homogénéité, de l'uniformité et de la dépersonnalisation n'est que l'autre visage de l'efficacité et de la conservation de l'énergie - si je dois vivre d'une façon parfaitement déshumanisée, je préfère ne pas vivre du tout dans une telle société.


Notre société, aujourd'hui, n'arrête pas de nous proposer le mythe ou plutôt le cauchemar d'une société efficace, conservatrice d'énergie, planifiée, rationalisée, totalitaire, le tout au nom de la futurologie. C'est, ni plus ni moins, s'emparer du futur pour l'abolir.Il n'y a pas de futur lorsque le futur ne diffère du présent que par la quantité. »

Le lichen et la pauvreté créatrice

René Dubos, Encyclopédie de l'Agora

René Dubos aimait utiliser les faits scientifiques comme images, comme paraboles disait-il, pour faire comprendre des vérités morales. Les lichens sont en réalité une association de deux formes de microbes élémentaires: un champignon et une algue microscopique. […] Quand ces deux microbes élémentaires deviennent associés - en un seul organisme, pour ainsi dire - alors ils élaborent des quantités de formes magnifiques et complexes, des couleurs subtiles et splendides, ils créent toutes sortes de nouveaux produits chimiques (beaucoup d'entre eux étant employés dans l'industrie de la parfumerie), et ils acquièrent toutes sortes de nouvelles propriétés qu'il aurait été impossible d'imaginer en prenant simplement en considération le champignon en lui-même ou l'algue en elle-même. Les choses se passent ainsi quand il y a rareté de nourriture pour l'algue et le champignon, mais ces deux amis redeviennent égoïstes et stériles dès qu'ils ont de la nourriture en abondance.

Le cinéaste Terry Gilliam et la chaleur humaine

 par Jean-Philippe Costes Encyclopédie de l'Agora

 

J.-P.C. Cette difficulté à trouver de la chaleur humaine est constante, dans votre œuvre?

 


T.G. C’est logique. Lorsqu’elle est poussée à l’extrême, la Raison finit par chasser tout sentiment. Cette bataille entre le Cœur et l’Esprit est vieille comme le monde, mais avec l’avènement de la Post-Modernité, elle a pris une tournure très inquiétante. Prenez le Général de la Tombe dans Les Frères Grimm. Pour apporter les « lumières » napoléoniennes dans les sombres provinces de l’Allemagne « arriérée », il n’hésite pas à faire régner l’arbitraire, la torture et la mort. 

 Ludwig Klages, la conférence de 1913

par Ludwig Klages, Encyclopédie de l'Agora

En 1913, il a prononcé devant les représentants de la jeunesse allemande, une conférence intitulée L'homme et la terre, qui présente toutes les caractéristiques d'un manifeste écologique. On y trouve à côté d'une liste des espèces menacées ou disparues en Europe un tableau de l'appauvrissement des cultures perdant leurs fêtes et leur folklore. Klages a particulièrement bien décrit le type psychologique du progressiste performant, batteur de records réduit à se satisfaire, en lieu et place des joies accompagnant l'idéal grec ou médiéval, de la vaine satisfaction que procure la possession du pouvoir

Hybris, démesure

par Éric Volant, Encyclopédie sur la mort

Le premier commandement est, par conséquent, que l'homme reconnaisse ses limites, que dans son hybris il ne brise pas la mesure qui se trouve en lui, que dans la modération (sophrosunè) il se résigne. Car la divinité contemple tout excès d'un œil jaloux, et au sommet de la félicité l'homme est près de l'abîme. C'est pourquoi les «Sages» font entendre ces exhortations: «Connais-toi, toi-même!» «Rien de trop!» «La mesure est ce qu'il y a de meilleur!» « Ne te glorifie pas de ta force!»


 LIVRES

Le Feu vert

par Bernard Charbonneau, Éditions Parangon\Vs, Lyon 2009

Charbonneau propose de mettre en perspective le mouvement écologiste et de clarifier les contradictions qui le travaillent et risquent de le stériliser. Animé par des individus plus conscients du sens de leur action, c'est-à-dire de son origine et de ses fins, peut-être ce mouvement saura-t-il mieux choisir ses objectifs et ses moyens pour sauver la nature sans sacrifier les libertés.

Une société à refaire, vers une écologie de la liberté

par Murray Bookchin, Éditions Écosociété, Québec, Qc, 2011.

En s’inspirant des idéaux de liberté, l’auteur propose des pistes de travail et de réflexion pour réaliser l’égalité, fondement pratique et éthique de l’écologie sociale. Il réaffirme que seule une critique sociale radicale, enracinée dans une pensée écologique vigilante, peut nous permettre de « refaire » la société et de mettre un frein à la destruction environnementale.

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