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La lettre de l'Agora Vol 1 No 3, février 2009

Le salaire des banquiers et le salut de la planète

 

À tous les amis et abonnés de l'Agora,

La mesure du succès c'est de gagner sans mesure. Telle était, telle est toujours la règle aux États-Unis et dans les pays capitalistes de même esprit. En limitant à 500 000 $ le salaire des dirigeants des banques soutenues par l'État, le président Obama n'a pas modifié cette règle, il a seulement précisé que seul le succès peut être récompensé sans mesure et que, en cas d'échec, il faut revenir à la mesure. C'est là une décision sage, certes, mais à demi seulement car elle légitime à l'avance les excès futurs, en donnant à entendre que ce n'est pas la démesure en elle-même qui est mauvaise, mais la récompense de l'échec résultant de la démesure.
Or, c'est la démesure en elle-même qui est mauvaise. Contemplons le Parthénon et relisons les pages de Platon sur l'harmonie, la mesure, la proportion. Observons ensuite les édifices où travaillent les banquiers new-yorkais, comptons les décibels de la musique qu'on entend dans leurs bars, pesons les déchets que leur ville déverse dans le paysage chaque jour. Toutes les démesures se tiennent et s'inspirent les unes des autres. Toutes les formes de mesure et de proportion se tiennent aussi. D'où le lien entre la limite des salaires des banquiers et le salut de la planète. «Il faut éteindre l'ubris de préférence à l'incendie.» Héraclite. Le texte au complet.

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Jacques Dufresne et Hélène Laberge, fondateurs de l´Agora
et l´équipe des collaborateurs de l´Agora


 

Le Rwanda anglais, monsieur K et le complexe de Voltaire, par Jacques Dufresne, Encyclopédie de la Francophonie

En souvenir des arpents de neige du Canada, j'appelle complexe de Voltaire un préjugé si favorable aux intérêts anglo-saxons qu'on en vient à accuser d'étroitesse d'esprit, de sectarisme, de fanatisme, de racisme, voire d'antisémitisme ceux qui cherchent et disent la vérité sur la façon dont ces anglo-saxons assurent leur puissance dans le monde. Les attaques dont sont l'objet Pierre Péan en France et Robin Philpot au Québec, pour avoir l'un et l'autre mis les anglo-saxons au banc des accusés dans les événements tragiques du Rwanda, illustrent bien le complexe de Voltaire.

http://agora.qc.ca/francophonie.nsf/Documents/Francophonie--Le_Rwanda_anglais_monsieur_K_et_le_complexe_de_Voltaire_par_Jacques_Dufresne

 

Le Rwanda passe à l'anglais, par Robin Philpot, Encyclopédie de la Francophonie

Dès la chute du bloc soviétique, les autorités américaines, fidèlement appuyées par les Britanniques, n’ont jamais caché leur volonté de supplanter la France en Afrique et de s’assurer un accès sans encombre «aux immenses ressources naturelles de l’Afrique, un continent qui renferme 78% des réserves mondiales de chrome, 89% de platine et 59% de cobalt», selon une déclaration faite devant le Sénat, à Washington en 1993, par le sous-secrétaire d’État George Moose. D’autres, dont le premier secrétaire d’État sous Clinton, Warren Christopher, et le secrétaire au Commerce Ron Brown, ont visé nommément les pays de l’Afrique francophone et la France.

http://agora.qc.ca/francophonie.nsf/Documents/Rwanda--Le_Rwanda_passe_a_langlais_par_Robin_Philpot

 

La trisomie 21 et l'eugénisme libéral, par Jacques Dufresne, Encyclopédie de l'Inaptitude

Il y a 25 ans, on condamnait l'eugénisme majoritairement. Nous sommes forcés aujourd'hui de constater que ce n'est pas à l'eugénisme que les gens s'opposaient mais au contrôle de cette pratique par un état totalitaire. La regrettée Francine Mackenzie, ex présidente du Conseil du statut de la femme, avait pressenti qu'il en serait ainsi: «Collectif, l'eugénisme était une horreur, individualisé on dirait qu'il prend du chic.» Sous le couvert du choix individuel, l'eugénisme triomphe aujourd'hui en Occident et sur bien d'autres scènes du monde. Si bien que ceux qui, dans un cas comme celui de la trisomie 21, veulent défendre la thèse opposée doivent d'abord s'attaquer au problème du primat accordé au choix individuel. Ils doivent aussi expliquer ce que perd l'humanité en perdant la naissance d'un enfant touché par la trisomie, de façon à ce que si le choix perdure comme critère, ce qui est plus que probable, les parents puissent être vraiment éclairés.

http://agora.qc.ca/thematiques/inaptitude.nsf/Documents/Trisomie_21_mongolisme--La_trisomie_21_et_leugenisme_liberal_par_Jacques_Dufresne

 

Les valeurs mobilières et le fédéralisme à l'écossaise, par Marc Chevrier, Encyclopédie de l'Agora

Le gouvernement Harper semble résolu à créer une commission fédérale unique (nationale est un anglicisme) des valeurs mobilières. Le Québec s’y oppose mordicus. Si le gouvernement Harper ne réalise pas son projet, un gouvernement libéral à Ottawa pourra le faire. Cet imbroglio finira sans doute devant les tribunaux, jusqu’à la Cour suprême. En substance, la question juridique est la suivante : de l’avis général des constitutionnalistes, les valeurs mobilières relèvent du droit civil, compétence exclusive des États provinciaux. Mais selon certains juristes, fort d’une interprétation élargie de son pouvoir sur « le trafic et le commerce », le Parlement fédéral pourrait imposer une commission unique.

http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Canada--Les_valeurs_mobilieres_et_le_federalisme_a_lecossaise_par_Marc_Chevrier

La conscience alimentaire malheureuse, par Jacques Dufresne, Encyclopédie de l'Agora

Au cours de l'été 2008, les autorités sanitaires du Québec, sous prétexte d'éliminer une bactérie qui n'avait encore tué personne, ont fait une descente musclée dans les petites fromageries, dont plusieurs utilisaient le lait cru. On a ainsi confisqué des tonnes d'excellent fromage. Cette intervention a fait surgir la nécessité d'un débat sur l'autorité des agences étatiques de sécurité face au jugement des individus et aux traditions culturelles qui le soutiennent. Le bilan des agences de sécurité est-il à ce point positif qu'on doive continuer de tenir les cultures en tutelle pendant que les experts et les fonctionnaires décident de tout ce que nous pouvons et devons manger? Dans le pays en principe le mieux protégé par ses agences gouvernementales, les États-Unis, l'embonpoint et l'obésité, les pires conséquences de la mauvaise alimentation, ont constamment augmenté au cours des 25 dernières années. Les cultures n'avaient-elles pas été meilleures conseillères ? Elles ont été remplacées par une conscience alimentaire malheureuse associée à la cacophonie alimentaire, elle-même une conséquence des modes contradictoires issues de la pseudo science de l'alimentation.

http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Nourriture--La_conscience_alimentaire_malheureuse_par_Jacques_Dufresne

 

De la mort, on ne sait rien! par Éric Volant, Encyclopédie sur la mort

De la mort on sait qu'elle existe, on la connaît en tant que phénomène extérieur dans la mort des autres. «Nous rencontrons la mort dans le visage d'autrui» et «Je suis responsable de l'autre en tant qu'il est mortel», écrit Emmanuel Lévinas. On expérimente sa propre vie et on éprouve ses limitations, lors de la maladie et de la souffrance, lors de l'absence ou du départ de l'autre, dans toutes les petites morts qui traversent la vie et qui nous font découvrir la finitude de notre être, des morts symboliques qui anticipent ou annoncent la mort à venir. Mais il demeure que de l'instant mortel d'autrui ou de notre propre acte de mourir, nous n'avons aucune expérience personnelle, intérieure ou intime. Emmanuel Kant affirme: «La mort, nul n'en peut faire l'expérience par elle-même, car faire une expérience relève de la vie, mais on ne peut que la percevoir chez les autres.» Cette conscience de la mort d'autrui est purement extérieure. Wittgenstein* confirme cette observation kantienne: «Pour la vie dans le présent, il n'y a pas de mort. La mort n'est pas une expérience de la vie».

http://agora.qc.ca/thematiques/mort.nsf/Dossiers/De_la_mort_on_ne_sait_rien

 

Les personnes vulnérables face à la crise, Jacques Dufresne,Encyclopédie de l'Inaptitude

L'amitié à l'égard des plus fragiles élève le niveau de solidarité dans l'ensemble de la société et renforce les capacités de réponse collective à une crise; en d'autres termes, elle accroît la résilience de cette société.

http://agora.qc.ca/thematiques/inaptitude.nsf/Documents/Philia--Les_personnes_vulnerables_face_a_la_crise_par_Jacques_Dufresne

 

Livres

 

La puissance des pauvres, par Hélène Laberge, Encyclopédie de L'Agora

Dans La Puissance des pauvres, «constatant l’échec des certitudes établies et des fausses solutions qu’elles engendrent, les auteurs en appellent à divers intercesseurs à la recherche d’outils nécessaires à une autre lecture du monde et de ses devenirs révolutionnaires… » Parmi ces intercesseurs, s’étonnera-t-on de trouver entre autres Gandhi, Karl Polanyi, Jacques Ellul, Michel Foucault, Aimé Césaire ou Ivan Illich ? On s’attendait moins à la place importante attribuée à Spinoza : «J’aurai attendu d’être octogénaire, dit Rahnema, pour le découvrir de l’intérieur.» Et effectivement, Spinoza ne peut que nous aider à surmonter la tentation du découragement devant les effets désastreux des interventions des pays riches. «À quoi est dû l’échec de la démocratie ?» se demande déjà le philosophe. «Est-il possible de faire d’une multitude une collectivité d’hommes libres au lieu d’un rassemblement d’esclaves?» «Ce qui comptait le plus pour lui était de diriger ses affections et ses passions dans un sens qui augmentât sa puissance d’agir, de connaître ainsi ses propres limites et d’arriver par là à combiner les forces de la Raison aux passions joyeuses.»

Dans un livre publié en 2003, Quand la misère chasse la pauvreté (Actes Sud), « Majid Rahnema entendait montrer avec des exemples appuyant sa thèse (écrite dans un français magnifique) que l’économie moderne, en éradiquant ce qu’il appelle la pauvreté conviviale – un mode de vie millénaire – a eu une part prépondérante dans la multiplication des nouvelles formes de misère. » Rahnema pressentait déjà la crise financière actuelle et faisait partie, avec Jean Robert et les amis regroupés autour d'Ivan Illich, de ceux qui en voyaient les prémisses à l’œuvre dans trop de pays du Sud. Jean Robert est l’auteur du Temps qu’on nous vole (Seuil, 1980) et, en collaboration avec Jean-Pierre Dupuy, de La trahison de l’opulence (PUF, 1976). Deux livres qui pré diagnostiquaient, pour ainsi dire, nos problèmes actuels.
http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Pauvrete--La_puissance_des_pauvres_par_Helene_Laberge

Médias

Des mass media aux ego media, par Jacques Dufresne, Encyclopédie de L'Agora

Les mass media appartiennent déjà au passé. Ils rappellent ces bombardements approximatifs de la guerre 1939-45. Il y eut ensuite les smart bombs,on en est depuis un moment aux obus personnalisés. Les médias ont suivi la même voie, en utilisant le même vocabulaire, target, cible etc., et en s'appuyant sur les mêmes techniques. Quel nom donner à la nouvelle forme qu'ils ont prise? Ego media. Les mass media et les ego media sont complémentaires: après avoir bombardé les foules de très haut, ne faut-il pas suivre à la trace les individus demeurés indociles?

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Ego_media