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La lettre de l'Agora Vol 3 No 5, mars 2011

Révolutions: un capital à exploiter?

Les révolutions du printemps arabe ont fait une fabuleuse publicité à Facebook, Twitter, Google et Apple. Il serait bien étonnant que cette publicité n'ait aucune valeur économique. C'est pourtant l'impression que l'on a quand on suit, dans les médias américains, le débat sur le coût de la guerre de Libye. La colonne revenus ne semble exister pour personne. Au point que Wolf Blitzer, vedette de CNN, suggère de déduire le coût de ces opérations des avoirs libyens gelés aux États-Unis.

Les questions que nous soulevons ici pourront inciter nos lecteurs à penser que nous étions opposés à l'intervention  en Libye. Ce n'est pas le cas. Nous l'avons plutôt réclamée. En tant que téléspectateurs heureux de ce qui s'était passé auparavant en Tunisie et en Égypte, nous avons incité les jeunes libyens à penser que l'heure de liberté était venue pour eux également. Ils ont cru qu'ils auraient le soutien militaire de nos pays, le Canada, la France, les États-Unis... Ce soutien, nous le leur devions d'autant plus que les premières révolutions avaient été, pour plusiers des pays aujourd'hui engagés, pour les Américains en particulier, l'occasion de faire d'excellentes affaires.

Dernière heure:

«L'homme est animal sociable», du moins quand l'oppression ne l'a pas dénaturé.

«Ceux qui fuient le pays ne parlent que de l'extrême générosité de leurs compatriotes libyens. Avant le récent soulèvement démocratique, les Libyens ne songeaient même pas à louer leur maison à des concitoyens de peur de ne jamais pouvoir la récupérer, m'a confié un habitant de Bengazi. Maintenant ils offrent leur maison gratuitement, ajoute-t-il. Je n'ai jamais vu une chose pareille en quarante ans. On sent que, pour la première fois, l'air est pur.»
Andrew Purvis, Aljazeera

 

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 Radioactivité et expérience humaine

par Pierre-Jean Dessertine, Encyclopédie de l'Agora

De plus en plus de gens sont convaincus qu'il faut respecter certaines limites dans l'innovation technologique. Mais selon quels critères? Pierre-Jean Dessertine ouvre ici une piste intéressante en rappelant que l'être humain n'est pas adapté à la radioactivité.

 David Fincher, un révolutionnaire américain-Small is beautiful

par Jean-Philippe Costes, Encyclopédie de l'Agora

Révolution: une modification brusque, voire, violente, des structures politiques, économiques et sociales d’un Etat. Selon David Fincher, subversif grimé en bon apôtre du spectacle grand public, le temps est venu pour les Etats-Unis de connaître un tel bouleversement. Le bouillant réalisateur fonde son sentiment sur une raison qu’il n’a eu de cesse de réitérer, depuis le début de sa carrière : en dépit de leur aspect séduisant, les valeurs Américaines sont fondamentalement destructrices.Fincher reprend à son compte les théories d’Ernst Friedrich Schumacher, chantre anticonformiste d’une Société conçue à l’échelle humaine, elle oppose en effet un démenti formel aux dogmes du monde post-moderne. Elle résonne comme un cri de défi à l’Amérique, pays qui s’est bâti sur la fausse conviction que tout doit être grand : Small is beautiful ![24]

Neuf grands moments dans l'histoire de la démocratie

par Jacques Dufresne, Encyclopédie de l'Agora

Dans l'un de nos documents nous présentons neuf grands moments de l'histoire de la démocratie. Le dernier est la chute du mur de Berlin. L'heure est-elle venue d'ajouter un dixième moment, le printemps arabe? Il faudra d'abord que les nouveaux révolutionnaires tirent suffisamment de leçons du passé pour éviter les erreurs fatales. Tout se passe de plus en plus vite. L'histoire semble suivre le rythme de la technologie. L'âme pourra-t-elle à son tour s'ajuster à ce rythme pour produire les vertus nécessaires à la démocratie, vertus qui ont mis un siècle à s'épanouir dans la Grèce antique ? Peut-être sera-t-il sage dans certains pays d'établir un état de droit qu'un despote éclairé devra respecter ensuite, plutôt que de vouloir établir tout de suite la démocratie dans sa forme achevée.

Aldo Leopold, la Bible, la nature

par René Dubos, Encyclopédie de l'Agora

Aldo Leopold, célèbre naturaliste américain est l'un de ceux qui ont rendu l'enseignement biblique responsable de l'influence destructrice que l'homme a pu avoir sur la nature. Je consacrerai un peu de temps à cette affirmation, non seulement parce qu'elle ne se trouve pas confirmée par des faits historiques et par la pratique courante, mais aussi parce que, se trouvant largement acceptée, elle menace de détourner l'attention des réels problèmes de relation entre la terre et le genre humain.

 Le français imaginaire (et le réel franglais)

par Marc Chevrier, Encyclopédie de la Francophonie

Le récent film du jeune cinéaste Xavier Dolan, Les amours imaginaires, donne à voir non seulement la confusion amoureuse dans laquelle se trouve la jeunesse de son époque mais aussi le français dissocié, partagé entre un franglais familier et un français pur irréel, qui se parle au Québec et dont ce film offre un échantillon décapant, à l'instar de nombreux autres films québécois qui ont mené le combat contre le français de sacristie parlé par les élites québécoises jusqu'au début des années 1960. En fait, le français québécois a subi historiquement un processus, toujours actif, de déréalisation dont l'auteur fournit des exemples, qui montrent qu'il faut aller au-delà de la description des emprunts lexicaux faits à l'anglais pour comprendre la dynamique linguistique au Québec, voire celle qui est en cours dans l'espace francophone, notamment en France.

M'est-il permis de tuer?,

par Walter Benjamin, Encyclopédie sur la mort

Le langage et la culture est un recueil d'essais tirés de différents ouvrages s'échelonnant sur toute la vie de l'auteur. L'extrait ci-dessous appartient à l'essai intitulé : «Pour une critique de la violence» où il décrit la relation de la violence au droit et à la justice. L'auteur y traite, avec un grand souci de la nuance, du langage juridique, religieux, militant et populaire utilisé dans les conflits humains : grève, litiges commerciaux, guerre, révolution, meurtre. Dans le cas précis du meurtre, il examine ce qu'il appelle le «dogme» du caractère sacré de la vie. La critique de Benjamin faite ici en lien avec la violence révolutionnaire pourrait s'étendre à toute pratique de la mort, à toute problématique où la vie humaine est en cause : l'euthanasie, le suicide, le meurtre, la guerre, etc.

 

Par-delà les techniques palliatives, le «mystère» de la mort

 Conférence de Jacques Dufresne au colloque: «Mourir à l'âge techno-biologique», Hôpital Sainte-Justine de Montréal, 16 mars 2011. Encyclopédie de l'Agora


L'absurdité de la souffrance, la liberté définie par le choix, les soins pallatiatifs, tels sont les trois piliers de la construction culturelle québécoise qui serviront de fondement à une problable loi sur l'euthanasie. Ces trois piliers, solides pour qui se limite aux consensus possibles, ne résistent pas à la critique philosophique. Ce qui nous rappelle que l'éthique, telle que nous la pratiquons, ne s'est pas encore élevée jusqu'à la pensée complexe: elle réduit à quelques variables, elles-mêmes simplifiées à outrance, des situations qui en comportent un grand nombre.

 


 LIVRES

Jean Vanier: Notre vie ensemble, une biographie sous forme de correspondance, Médiaspaul/Bellarmin, 2009. Découvrez en même temps un nouveau site consacré à Jean Vanier.

 par Hélène Laberge,

Notre époque met l'accent sur l'autonomie. Le réponse de Jean Vanier à cette tendance est dans l'équilibre entre l'appartenance et la liberté: « trop de liberté conduit à l'angoisse, à l'isolement et à l'insécurité; trop d'appartenance ou de sécurité conduit à l'étouffement et à l'enfermement sur soi. » […] «De nos jours, le défi de L'Arche est de construire des lieux d'appartenance fondés sur le besoin que nous avons les uns des autres, des lieux où des gens peuvent grandir dans ce type de liberté.». […] Autre équilibre à maintenir: l'harmonisation de la compétence et de la spiritualité afin « qu'on ne perde pas de vue l'élément spirituel et l'idée que chaque personne est précieuse.»
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